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Contre l’austérité: Pour une prise de conscience social-démocrate


Margaret_Thatcher

Hasard du calendrier, le décès de Margaret Thatcher début avril 2013, avec Ronald Reagan sans doute la politique ayant le plus oeuvré pour imposer l’idéologie capitaliste néo-libérale dans le mainstream économique jusqu’à sa faillite récente, s’accompagne d’une série de déclarations et de prises de parole qui témoignent d’un frémissement au sein de la famille politique sociale-démocrate signalant une réaction contre la politique d’austérité imposée par les conservateurs.

La mise à nu de Reinhart-Rogoff[1], les théoriciens des politiques d’austérité appliquées massivement en Europe est bien sûr le dernier exemple, et probablement celui ayant reçu le plus d’attention. En fait, cet épisode démontre l’effet pernicieux que peuvent avoir des études académiques utilisées à mauvais escient par des politiques de droite:

“In Europe, R&R’s work and its derivatives have been used to justify austerity policies that have pushed the unemployment rate over 10% for the eurozone as a whole and above 20% in Greece and Spain. In other words, this is a mistake that has had enormous consequences.”[2]

Mais, dès avant l’épisode Reinhart-Rogoff, en Allemagne, c’est un article de Wolfgang Münchau …

http://www.spiegel.de/wirtschaft/rezession-im-euro-raum-wie-die-spd-aus-krise-kapital-schlagen-koennte-a-892286.html

… qui s’interroge sur l’incapacité du SPD de proposer une alternative économique claire, qui pourrait consister dans une politique économique commune de l’Europe et d’un départ de la politique d’austérité, qui étouffe des économies déjà exsangues.

Au Luxembourg, l’euro-député socialiste Robert Goebbels a récemment contribué deux articles au Tageblatt sous le titre “Das Ende der europäischen Solidarität” (les 2 et 3 avril 2013), dans lesquels il critique la politique d’austérité des “Biedermerkel”, qui mettent en avant la purge budgétaire, tuant au passage la croissance et toute idée de solidarité européenne.

Paul Krugman a, dans un éditorial paru au New York Times sous le titre “Urge to purge”, repris le même thème: les tenanciers de la théorie qu’une économie en crise doit se purger de ses excès (c’est-à-dire qu’il faut accepter le chômage, même élevé, les faillites et la misère, et surtout ne pas intervenir par des aides d’Etat) afin de pouvoir se redresser ont toujours eu tort. Pour un Etat, refuser d’intervenir quand l’économie se trouve en crise, en faisant tourner la presse à billets (le quantitative easing pratiqué par la Fed américaine) et en multipliant les investissements publics, relève de l’hérésie économique.[3]

Le ministre de l’économie luxembourgeois, Etienne Schneider, vient récemment, sur le même thème, de critiquer la décision de la BCE de ne pas réduire le taux d’intérêt directeur (ce à quoi la BCE a remédié entretemps), afin de permettre aux banques de se refinancer à des conditions plus favorables et à mettre plus de moyens au service de l’économie.

Il y a manifestement une idée qui est en train de frayer son chemin parmi le personnel politique social-démocrate: non, la politique d’austérité, à coup de pactes de stabilité, de six-packs et de semestres européens, n’est pas une fatalité. Oui, il y a une alternative à cette politique d’austérité imposée en Europe par une classe politique qui est très largement conservatrice. Cette politique alternative passerait par une affirmation de la solidarité européenne, non pas par romantisme, mais dans l’intérêt (également financier) bien compris de tous. Ce n’est en effet que si les Etats européens arrivent à se défaire de leurs égoïsmes nationaux, hérités en large partie de gens comme Margaret Thatcher, et à adhérer pleinement à l’idée européenne, y compris sur le plan économique et financier, qu’ils pourront à nouveau prospérer.

Les politiques économiques et industrielles seraient à n’en pas douter plus efficaces si elles étaient mieux coordonnées entre nord et sud, ouest et est. Le refinancement, par exemple au moyen d’Eurobonds, serait à moindre coût si les marchés savaient qu’ils prenaient un risque sur la zone euro dans son ensemble, plutôt que sur un Etat en particulier.

Les sociaux-démocrates devront, pour reprendre le dessus lors des prochaines élections nationales et européenne, reconquérir le terrain macro-économique, délaissé aux conservateurs néo-libéraux depuis les années 1980.

Et ils devront dénoncer les politiques d’austérité imposées par des politiques conservateurs et néo-libéraux qui étouffent les économies européennes.

 

 

_______ ▼_f o u s s n o t e n _ ▼ _____________________________________________________
  1. http://krugman.blogs.nytimes.com/2013/05/03/playing-whack-a-mole-with-expansionary-austerity/ []
  2. http://www.guardian.co.uk/commentisfree/2013/apr/16/unemployment-reinhart-rogoff-arithmetic-cause []
  3. Paul Krugman est, parmi les stars mondiales de l’économie, le plus ardent adversaire des politiques d’adversité, qu’il attaque quasi quotidiennement sur son blog et auxquelles il a consacré son dernier livre « End this depression now! ». ((http://www.guardian.co.uk/business/2013/may/06/paul-krugman-battle-against-austerity []

4 thoughts on “Contre l’austérité: Pour une prise de conscience social-démocrate”

  1. Thierry K. says:

    Franz, hun dain Artikel graad fonnt an ganz interessant fonnt. Et schéngt mir liesen déi selwecht Blogs. Ech gin der Recht an denger Iwwerleung datt mer am Fong missten méi europäesch gin « par intérêt », mais hun een Problem domat: wann een méi europäesch get dann heescht daat datt all Euro-Land fir déi aaner biergt. Also Daitschland fir Spuenien. Mais wéi kann een dann nach deenen eenzelnen Länner iergend eng Responsabilitéit zougestin?

    An den USA z.Bsp. huet een sou en Régime, mais do ass et fir d’States illegal Defizit ze maachen (also huet Kalifornien 1000den Proffen entlooss). An Daitschland get et intern och eng Transfer Union, mais do ass souwait ech wees den Montant deen vun den raichen Länner un déi aarm viréiert get fix gerechent op Basis vun hierem GDP. Ech wees net wéi et steet wann déi eenzel Länner Scholden maachen an net méi kënnen bezuelen.

    Op jiddenfalls ass an deenen 2 Beispiller en Deel vun den Steieren an vun der Décisoun iwwert d’Steieren un d’Federatiou oofgin gin. An daat ass genau daat waat Letzebuerg bis elo bec et ongles verbidd, aus gudden (an eventuell egoisteschen) Grënn. Wéi kéint een daat dann an den US of Europe organiséieren?

  2. Franz Fayot says:

    Merci fir dain commentaire, Thierry. Ech haat gehofft (oder gedreemt) dass d’Kriis vun der dette souveraine an Europa géif e Mentalitéits-Wandel, esou eng Art europäeschen Hamilton-Moment, matt sech bréngen. Dass souzesoën ennert der contrainte d’Europäer sech géifen drop besënnen fir eng gemeinsam Wirtschaftspolitik z’adoptéieren, déi den pacte de stabilité géif em dat Element komplétéieren, dat em am Ament fehlt. Wëll déi fiskal Discipline, déi hues du jo elo schon iwwert den pacte de stabilité, six-pack, semestre européen, plus extra Oplagen wanns du Soue kruus vun der EU. Et geet em e Mentalitéitswandel, dass een als Europa just kann bestoën, wann een unifiéiert optrëtt. D’Union bancaire geet an déi Richtung, och wann dat eis zu Lëtzebuerg aus verschiddenen Grenn net onbedengt schmaacht. Fir mech ass et absurd, dass d’BCE elo schon den EU-Staaten Soue léint duerch Réck-Keef vun sovereign bonds, dofir aawer all Kéiers de risque-pays muss bezuelen, amplaatz dass een sech méi bëlleg refinanzéiert duerch euro-bonds. Dat ass eng aner facette vun selwechte Problem. Mais an der reeller Politik hues du natirlech Recht: mir sinn nach wäit vun engem politeschë Kompromess fir esou eng Solutioun.

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