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Le Huron (3) La trêve


lehuron2013

Pour le moment il n’y a pas beaucoup à voir. Les simples guerriers qui ont leurs croix dans la poche, les guerriers qui aimeraient  avoir ces croix et qu’on appelle ici des candidats, les chefs et les sous-chefs de presque toutes les tribus sont partis à la mer et à la montagne pour ne rien faire. C’est comme une trêve chez les Hurons où les rares guerres entre les tribus n’ont lieu qu’entre l’automne et l’hiver, quand les récoltes sont terminées et que les chefs s’installent à passer l’hiver au chaud dans leurs tipis.

Mais il y a des candidats qui n’observent pas la trêve. Ils se disent qu’il faut profiter du temps où il ne se passe rien pour mieux se faire voir et entendre.

Ils se mettent à poser des questions sur tout et rien aux chefs. Ainsi un jeune guerrier de la tribu noire qui veut devenir un jour un vrai chef s’est adressé au grand chef pour l’intimer à construire un monument pour la tribu des circoncis assassinés en grand nombre il y a longtemps. Le grand chef est de très mauvaise humeur car la tribu rouge ne l’aime plus. Il a donc répondu par quatre lignes au jeune guerrier noir ce qui ne fait ni un libelle ni un pamphlet ni même un billet.

D’autres candidats font venir les micros, les caméras et les stylos pour les inviter à faire connaître au monde entier leurs idées intelligentes.  C’est ce qu’on appelle ici des conférences de presse. Mais ce n’est jamais que du réchauffé avec le seul but de faire mousser un candidat.

D’autres encore envoient des billets aux micros, caméras et stylos, dans l’espoir souvent déçu de se faire voir sur les étranges lucarnes par les simples guerriers qui ont leurs croix dans les poches.

Ainsi le chef de la tribu rouge à la salle richement décorée avec un homme qui a une sonnette et des lumières qui vacillent s’est ému du sort d’un gardien de l’ordre et l’a fait savoir publiquement. Mais peu de plumes, de micros et de caméras ont voulu le savoir.

Récemment le chef noir qui s’occupe de tout ce qui se bâtit, mais aussi de la nature et de l’avenir du pays, a invité les micros, caméras et stylos à l’accompagner pour voir comment on construit trois beaux bâtiments pour enfermer les enfants à longueur de journée et leur apprendre à lire, à écrire et à calculer. Il n’a même pas eu droit à se voir reproduit sur les étranges lucarnes.

La tribu de toutes les couleurs a attendu le milieu de l’été pour montrer ses candidats. C’est que cette tribu a perdu la moitié de ses troupes et son chef de  tribu. Le chef des guerriers de cette tribu à la salle richement décorée n’a plus comme troupe qu’un seul guerrier. J’imagine que les réunions de cette troupe sont du plus vif intérêt. Mais ce chef n’a pas peur de dire leurs quatre vérités aux autres tribus, mais jamais à la sienne malgré tous ses déboires.

Une nouvelle tribu est née. Son chef est une sorte de barbier chirurgien guérisseur qui trouve à certaines herbes des vertus que le chef rouge préposé à tous les barbiers chirurgiens du pays ne reconnaît pas. Le chef de la nouvelle tribu a été sous-chef à la tribu de toutes les couleurs et s’est brouillé avec ses anciens amis pour une question de politique, me dit-on. Personne ne peut me dire exactement ce que c’est, car la politique est une science que je ne connais pas et que personne ne veut ici m’enseigner. Mais je crois plutôt qu’il aimerait être chef tout seul pour commander à quelques guerriers à sa botte.

Une autre tribu qui a pris la couleur mauve s’est exposée l’autre jour au marché de la ville, entre les fleurs, les carottes et les fromages. Ensuite elle est partie en vacances, elle aussi. C’est une tribu qu’on a vue apparaître il y a quelques années chez la grande tribu des Teutons où elle a fait des ravages avant de s’entredéchirer. On dit ici qu’elle aimerait faire voter les garçons imberbes et les filles impubères et avoir ainsi toutes les croix des jeunes guerriers. Son dieu est la machine qui sait tout. Les jeunes guerriers l’adorent et le prient à longueur de journée en tapant sans cesse sur une petite fenêtre où  passent toutes sortes de mirages.

Le Huron

13 août 2013

3 thoughts on “Le Huron (3) La trêve”

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