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Le Huron (4) Le chef cycliste


lehuron2013

J’en apprends tous les jours. Pour moi, les vrais chefs sont ceux qui ont de belles voitures et se font transporter par un esclave où et quand ils veulent.

Mais voilà que le chef préposé aux envoyés du pays aux grandes cours du monde entier est obligé de se rendre en vacances à vélocipède, accompagné d’un seul esclave pour traverser la moitié du continent.

Il n’est vêtu que d’un petit pourpoint brodé de diverses couleurs et d’un haut-de-chausses noir et court qui moule les cuisses avec le plus joli effet. Sa bécane est un célérifère très léger que l’on peut soulever du petit doigt. Il porte sur le guidon une  poche qui contient tout le bien qu’il emporte au loin. J’imagine à peine comment ce chef habitué à côtoyer les plus grands du monde arrive à escalader les plus hautes montagnes et à affronter les bandits de grand chemin. Ce chef s’y reprend chaque année, que des croix soient distribuées ou non.

D’autres chefs à la salle richement décorée enfourchent également des vélocipèdes, mais si c’est quelqu’un de la tribu verte, c’est surtout pour montrer aux autres comment il faut faire pour sauver la planète. Ils croient que cela leur rapporte beaucoup de croix de la part des simples guerriers qui ont peur de voir arriver la fin du monde.

Mais on me dit aussi qu’il est bien vu de se donner un air sportif. Le sport, c’est de courir pendant des heures dans la ville et la forêt, de jouer avec des balles sur l’herbe ou du sable rouge, de nager d’un bout à l’autre d’un petit lac entouré de murs et autres joyeusetés de ce genre. Tout cela pour avoir un corps fin et svelte et éviter d’être bedonnant. Les Hurons sont tous forts et sveltes, sauf les vieux qui ne bougent jamais de leurs tipis, et ils courent sans cesse chaque jour pour aller d’un village à un autre, ils nagent pour traverser les rivières, ils portent des fardeaux. Seuls les petits enfants s’amusent à taper dans des pelotes de vieilles étoffes. Mais ici on me dit que c’est pour apparaître jeune, fort et beau, ce qui est utile pour être candidat et avoir beaucoup de croix.

D’autres beaucoup plus nombreux ne font que regarder quand des jeunes gens vêtus de pourpoints de toutes les couleurs vont à vélocipède. On me raconte qu’une sorte de folie saisit parfois les simples guerriers quand un des leurs monte le plus vite sur de hautes montagnes. Comme récompense  il est alors vêtu d’un pourpoint jaune qui le rend célèbre dans le monde entier. On voit alors les chefs du pays l’entourer, le cajoler, lui demander son avis sur tout et sur rien dans l’espoir souvent déçu qu’une partie de sa gloire va retomber sur eux.

Il y a aussi des jeunes gens qui courent après un gros ballon qu’ils essaient de mettre dans une cage tendue d’un gros filet.

Autrefois, les tribus ont parfois demandé à de tels jeunes gens d’être candidats. Cela se fait de moins en moins aujourd’hui. Car ceux qui tapent dans un ballon viennent le plus souvent de tribus lointaines. Mais aussi, la gloire passe vite, surtout quand on s’aperçoit qu’elle a été acquise grâce à des potions magiques.

Les chefs et les sous-chefs aiment toujours être chefs des clans de coureurs, nageurs, tireurs, tapeurs de ballon, surtout s’ils sont très nombreux. Ainsi une guerrière de la tribu noire dans la salle richement décorée qui a dans sa jeunesse nagé, couru et roulé à vélocipède, et tout cela à la fois, et dans les endroits les plus reculés du monde, est aujourd’hui la cheffe du clan des nageurs. Elle aura ainsi les croix de tous les nageurs, de tous les coureurs et de tous les cyclistes.

Le Huron

20 août 2013

 

 

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