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Le Huron (6) Les vrais chefs


lehuron2013

Il y a dans ce beau pays de magnifiques édifices joliment retapés qui viennent de la nuit des temps et qui ont servi au fil des siècles aux usages les plus divers. Ainsi, dans le plus grand village du pays, au plus profond d’une vallée est sise une ancienne abbaye qui a servi un temps à l’enfermement desfemmes pieuses puis des plus grands criminels du pays. Quand je suis venu la première fois étudier la façon dont les simples guerriers distribuent leurs croix, j’avais assisté à un de ces miracles que la distribution de croix pousse les chefs à accomplir. Après vingt ans d’hésitations et de travaux, le lieus’était ouvert tout à coup comme par enchantement aux amusements en tout genre.

On avait alors choisi comme amuseur en chef un baladin farceur de la tribu des Gaulois. Ce baladin qui est toujours fringant quoique grisonnant doit maintenant être remplacé car on suppose ici que passé un certain âge c’est le grand âge où on ne peut plus rien faire d’autre que se promener et ne rien faire. Il faut donc chercher son remplaçant ce qui se révèle d’une grande complexité et a déjà fait jaserles mauvaises langues dans les déjeuners et dîners en ville.

Je ne sais pas si j’ai bien compris ce qui se passe exactement. La cheffe de l’abbaye, c’est une vraie cheffe qui a une belle voiture, plusieurs beaux et grands bureaux et beaucoup d’esclaves à son service, qui coupe beaucoup de rubans, surtout maintenant. Elle règne sur les choses de l’esprit et des lois.Mais malgré le souhait de la cheffe les sous-chefs qui sont chargés de trouver un nouvel amuseurn’ont toujours pas voulu se décider. Il est difficile de comprendre pourquoi. Une simple guerrière dela tribu bleue à la salle richement décorée s’est enquise poliment auprès de la cheffe des raisons de cette défaillance. Comme le font souvent les chefs pour répondre aux questions stupides des guerriers de la salle richement décorée, la cheffe a répondu en répétant ce que les sous-chefs lui ont soufflé.  Même s’ils n’ont pas de voitures bien propres, ces sous-chefs sont puissants au point de se moquer de la cheffe.

Chaque fois que les simples guerriers sont appelés à distribuer leurs croix et que de nouveaux chefs apparaissent à la salle richement décorée ou prennent possession de leurs voitures bien propres et de leurs beaux bureaux, il y a des sous-chefs qui ne bougent pas et font comme s’il n’y avait pas eu de distribution de croix. Ce n’est pas étonnant pour un pauvre Huron qui sait d’expérience que les chefs les plus puissants sont ceux qui sont là pour toujours, jusque dans le grand âge, et qui ne sont jamais remplacés.

L’autre jour, la cheffe préposée aux enseignes et aux croix a voulu faire enlever de la tour d’une église sise dans un village dans une région reculée du pays la figure en fer d’un petit âne. C’est un puissant sous-chef qui l’y a invité. Chez les Hurons le baudet est fort utile pour parcourir les chemins difficiles entre les villages et bien respecté par tout le monde. Mettre sur une tour cet animal patient et tranquille autant que têtu et balourd est un joli pied de nez aux esprits sérieux et à tous ceux qui veulent mettre des croix partout. La cheffe va sûrement envoyer la maréchaussée pour mettre aux fers l’entêté chef du village qui n’obéit pas aux autorités et enlever de force l’âne pour le remplacer par une croix.

 

Le Huron

20 août 2013

 

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