quaesitio

Le Huron (7) La campagne du chef bleu


lehuron2013Depuis la nuit des temps, le chef du plus grand village du pays vient de la tribu bleue. C’est un chef important, et il y a des luttes farouches pour le devenir. Le vieux chef bleu a été renvoyé sans ménagement par un jeune chef avec l’aide d’une ancienne cheffe qui guide le jeune chef bleu comme une mère.

Ce jeune chef fait chaque jour des miracles. Certes, ce ne sont que de petites choses. Parmi les grands travaux qu’il dirige il y en a qui ne commencent pas et d’autres qui n’en finissent jamais. Tout le monde s’est habitué à cet aimable chantier permanent. Il donne du travail à de nombreux esclaves et fait gagner beaucoup d’argent à leurs chefs.

Alors que les autres chefs sont partis au loin ne rien faire, ce qu’on appelle ici faire des vacances, lui est resté dans son village pour récolter le plus de croix possible, en faisant la bise, des ronds de jambe et des salamalecs aux guerriers dont il peut se saisir dans les ruelles de son village.

Qu’il s’y passe quelque chose ou non, son avis est demandé par les micros et les caméras, et même si on ne comprend pas toujours ce qu’il dit, on pense généralement  que c’est ce qu’il fallait dire.

L’autre jour, ce pays paisible s’est effrayé d’apprendre que de jeunes sauvages, dans la chaleur des nuits d’été, se battent à coups de couteaux. L’air grave, le messager de la maréchaussée a déclaré que ces armes que l’on dit blanches ici, se trouvaient de plus en plus fréquemment dans la poche de jeunes gens un peu nerveux. Le chef du principal village du pays annonça à sa suite, d’un air aussi grave, qu’il fallait maintenant punir sévèrement et immédiatement les malfaiteurs à l’arme blanche. Les simples guerriers qui aiment leur sécurité en sont enchantés même si des esprits chagrins de la tribu bleue se demandent si celle-ci va faire la loi comme chez les sauvages.

Ce jeune chef de village est appelé à un grand avenir. Il pourra être chef de toutes les robes, assises ou debout, et les malfaiteurs seront pris de panique. Car souvent, dans la salle richement décorée avec un homme qui a une clochette et où les lumières vacillent sans cesse même en pleine journée, le chef bleu du village s’est frotté au chef noir des robes du pays avec de grands gestes et de fortes paroles comme à la barre. Rien n’impressionne plus les simples guerriers que les fortes paroles des hommes en robe noire.

Le chef bleu du plus grand village a bien fait de s’occuper sérieusement de la sécurité des simples guerriers puisqu’il veut les amuser toujours plus. Il ne lui suffit plus de les faire danser et chanter et manger et boire sur la grande place devant son palais été comme hiver, jour et nuit par tous les temps. Il veut leur offrir des marchés aux légumes, aux fleurs et aux fromages, couverts ou non, des foires au troc et des étals à bibelots à tous les coins du village. Il devra donc veiller aux chapardeurs en tout genre qui se glisseront dans les foules joyeuses.

Le chef bleu est aidé dans ses travaux par des sous-chefs bleus et verts. On voit souvent le principal sous-chef vert rouler en céléripède en grande tenue ou courir en petite tenue dans les rues du village pour se préparer à la grande fête des coureurs du monde entier qui désorganise une fois par an le village à la grande joie des simples guerriers.

Pour avoir la paix, les habitants du  plus grand village du pays quittent de plus en plus les rues et les places autour du palais du jeune chef pour les laisser aux baladins, aux bateleurs, aux coureurs et aux buveurs de tout le  pays et d’au-delà.

 

Le Huron

2 septembre 2013

 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *