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Le Huron (15) Les sondages


lehuron2013

Les sondages, c’est quand les devins disent à l’avance comment les simples guerriers vont distribuer leurs croix quand ils seront dans les tentes fermées. Ici, ils ne peuvent le dire qu’une seule fois. Tout le monde en est frustré.

La gazette noire et les étranges lucarnes ont leurs propres devins, la gazette rouge a les siens.

Je n’ai pas encore bien compris comment ils font, les uns et les autres, mais je suppose que ce n’est pas très différent de ce que font nos devins et notre grand prêtre. Ceux-ci regardent d’abord les nuages qui passent dans le ciel bleu, longuement, du haut d’une montagne proche de nos villages. Ils devisent entre eux pour savoir si les nuages vont dans la bonne direction. Ensuite il arrive qu’ils ordonnent de tuer un animal plus ou moins grand selon l’importance de la question posée et scrutent ses entrailles. Ici, les devins se font un malin plaisir de poser des questions compliquées à de simples guerriers le soir quand ils rentrent fatigués après un long travail. Il y en a qui répondent n’importe quoi pour se débarrasser des devins et de leurs esclaves.

Les tribus sont friandes du charabia que les devins leur sortent  ensuite. Elles veulent surtout savoir qui est le chef le plus aimé des simples guerriers à qui ils donneront leurs croix. Personne n’est surpris de voir que c’est toujours le grand chef noir qui veut rester grand chef. Mais un frisson parcourt le pays car il est un peu moins aimé que la dernière fois que j’étais venu. On le voit donc un peu plus dans les gazettes et sur les étranges lucarnes. Mais surtout il va vers son peuple. Ainsi, on l’a vu dans les rues du principal village du pays pour se mêler à la foule des guerriers qui ne pensent qu’à acheter au meilleur prix ce dont les bazars ne veulent plus. Ou encore il se promène avec un casque chez un chef d’esclaves qui n’aime pas le dieu Index et veut le chasser une fois pour toutes. Un autre jour il se présente vêtu d’un manteau blanc pour admirer comment on fabrique des fromages en tout genre et s’émerveiller des quantités de fromage mangées par les guerriers d’ici.

Le chef bleu du plus grand village du pays est également très aimé, presque plus que le grand chef noir, car il sourit mieux que le grand chef noir qui a la mine renfrognée des grands hommes d’Etat alors que le jeune chef bleu n’a pas de soucis et s’amuse comme il peut. Le jeune chef rouge est moins bien vu depuis qu’il a annoncé vouloir être grand chef ce que tous ceux qui admirent le grand chef noir ne lui pardonnent pas. On parle peu du sous-chef vert du plus grand village du pays. Il est tellement occupé à mettre des céléripèdes partout et à enfermer les guerriers dans d’immenses voitures qu’il n’a plus le temps d’aller se faire voir.

Tous les autres, qu’ils soient déjà chefs, sous-chefs, au château ou dans les villages, ou simples guerriers qui aimeraient s’asseoir dans un beau fauteuil rouge dans la salle richement décorée, scrutent avec anxiété et fébrilité les verdicts des devins. S’ils risquent de se trouver sur le carreau le jour où les guerriers font leurs croix, ils redoublent d’effort et prient les dieux, et surtout le dieu Index. Le chef des guerriers rouges à la salle richement décorée adore ce dieu, et cajole le puissant clan des esclaves qui émet de terribles menaces au cas où le dieu Index serait empêché de distribuer ses largesses.

20 septembre 2013

Le Huron

 

 

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