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Le Huron (16) Les villages


lehuron2013Ce pays où je viens pour regarder les élections a beaucoup de villages, des très petits et des très grands. Chaque village a un chef, plusieurs sous-chefs et de simples guerriers qui obéissent au chef. Quand on coupe un ruban pour montrer aux guerriers qu’il s’agit d’un nouveau bienfait du chef pour son village, le sachem du village met sa belle ceinture bleu blanc rouge sur une épaule, ses sous-chefs aussi qui l’entourent respectueusement. Chaque fois un chef du château est aussi appelé, il accourt volontiers et souvent il en vient deux ou trois autres chefs du château, surtout maintenant. Car il faut obéir aux chefs de village qui sont puissants et font du bien à leurs sujets pour les rendre heureux et rester chefs aussi longtemps que possible.

Le chef noir du château préposé aux villages qui est aussi préposé aux soldats et aux canons veut les commander, mais les chefs de village veulent être seuls maîtres à bord. Le chef noir prétend même qu’il y a trop de petits villages et qu’il faut en mettre plusieurs ensemble pour en faire un vrai village. Ainsi de nombreux chefs et autant d’écharpes disparaîtront, ce que beaucoup n’aiment pas. Il faut donc attendre longtemps pour qu’il y ait moins de villages.

Les villages veulent rendre heureux leurs guerriers comme ils l’entendent. Chaque fois que le château veut faire une loi pour les villages, les chefs sont aux abois. Ils demandent à voir, veulent qu’on leur parle d’abord, qu’on les cajole, qu’on leur explique longtemps à l’avance de quoi il retourne et qu’on leur envoie des coffres pleins d’or pour les amadouer.

Car les chefs des villages pensent que ce sont eux les vrais chefs plutôt que les chefs du château et les guerriers qui sont assis dans la salle richement décorée et qui ne sont pas chefs ou sous-chefs de village. Ils expliquent qu’eux seuls savent ce dont leurs guerriers ont besoin pour être heureux. Ils font construire de beaux palais où faire de la musique, écouter des discours, lancer des ballons.  D’autres palais servent à nager, à se faire du bien et à se reposer. Leurs esclaves chassent les moindres débris jusque dans les plus petites ruelles. Les enfants ont des places pour eux tout seuls pleines de jouets et des  terrains où taper sur des ballons. Les guerriers marchent sur de beaux pavés en couleurs entourés de fleurs, à l’ombre de beaux arbres.

Mais voilà que les tribus veulent empêcher les chefs de village de s’asseoir dans la salle richement décorée. Elles prétendent que le fardeau est trop lourd pour qu’on soit chef de village et guerrier à la salle richement décorée en même temps. Il y a même certains chefs de village qui pensent la même chose. Mais les tribus aiment aussi les chefs de village et ne feront rien qui puisse les chagriner. Elles imaginent donc un stratagème pour sortir les chefs de village de la salle richement décorée et les y laisser quand même. On va faire une autre salle richement décorée où seront assis les chefs de village, avec de beaux sièges rouges et des lumières qui vacillent sans cesse, avec un homme qui a une clochette, une gazette, une caméra et tout comme dans la salle richement décorée. Les chefs de village pourront alors faire de longs discours, faire venir les chefs du château et renvoyer les lois qui ne leur plaisent pas.

C’est en tout cas ce que j’ai compris. Mais ici on n’est jamais sûr ce que les chefs pensent vraiment.  Presque tous ont été chefs de village et chefs au château ou pour le moins sous-chefs ici et là. Pour être chef, il faut beaucoup de croix, et personne n’aime perdre de croix. Et le bon peuple qui a ses croix dans la poche aime les chefs, où qu’ils soient, au village ou au château ou dans la salle richement décorée.

20 septembre 2013

Le Huron

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