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Le Huron (17) Le dieu des enfants


lehuron2013Il y a ici des dieux que l’on vénère suivant les saisons et les occasions comme chez les Hurons. Mais il y a un dieu suprême qui n’a pas de spécialité ou qui les a toutes. Il est entré dans le nom de la tribu noire. Depuis la nuit des temps cette tribu ne cesse de l’invoquer à chaque occasion. Tout se fait sous sa surveillance, quand l’homme prend femme et inversement, que les enfants grandissent, que les vieux se meurent. Ce dieu a droit aux plus beaux tipis surmontés de hautes tours avec des croix au bout. Certains jours, toutes les tribus, ou presque, viennent se prosterner devant son image, écoutant les alléluias et les gloria.

C’est dire que c’est un dieu très puissant. Depuis des années, les tribus rouge, bleue, verte s’en méfient, voire le rejettent tout en se prosternant devant lui, l’accusant de servir de parangon de vertu à la tribu noire et de pompe à phynance pour les beaux tipis. Un chef noir, devenu entretemps grand juge de tout le continent, a appelé des sages étrangers pour dire aux guerriers s’ils doivent continuer à faire de larges offrandes d’or et d’argent à ce dieu ou s’ils peuvent s’en passer sans danger pour leur vie éternelle.

Entretemps, les nouveaux chefs des serviteurs du dieu ont montré noir sur blanc aux caméras, aux stylos et aux micros que leurs coffres sont à moitié vides et qu’ils devront bientôt s’en aller mendier chez les fidèles pour faire manger et boire leurs esclaves. C’est du jamais vu car tout le monde ici est convaincu que ce dieu et ses serviteurs roulent sur l’or.

Une grande querelle couve entre la tribu noire et les tribus qui rassemblent les mécréants. Celles-ci veulent chasser le dieu suprême des tipis où les enfants sont dressés pour être intelligents et dire merci. Elles s’y sont essayées depuis la nuit des temps sans réussir. La tribu rouge qui s’est beaucoup acoquinée avec la tribu noire n’a jamais réussi qu’à avoir des miettes de la tribu noire. Celle-ci a toujours eu une peur bleue de déplaire au dieu suprême et à tous ceux qui le vénèrent.

Mais voilà que la tribu noire devient folle. Les enfants, passé un certain âge, ne seront plus dressés par les serviteurs du dieu suprême. On leur apprendra seulement quels dieux il y a de par le monde, qu’il faut dire bonjour et merci, aimer père et mère, travailler, grandir et mourir.

Cela se dit d’un air patelin après un long discours sur l’importance de plaire à tous les dieux suprêmes qu’il y a de par le monde. La tribu noire les aime tous et veut qu’on leur offre des cathédrales, des mosquées, des chapelles, des cimetières, des cures et des deniers pour les serviteurs de ces dieux.

Mais la gazette noire n’est pas dupe de ces propos mielleux. Elle a toisé publiquement la tribu noire. On murmure ici que c’est le grand chef noir lui-même, principal penseur de sa tribu, toujours en avance sur tous les autres, qui est coupable de cette félonie. Car il a appris de la grande cheffe noire des Teutons que pour rester grand chef il faut donner raison aux autres tribus et se donner l’air d’être la plus avancée en toutes choses.

Le Huron

26 septembre 2013

 

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