quaesitio

Le Huron (20) JCJ


lehuron2013Un jour nouveau se lève, je me réveille, je sors dans la rue, les yeux grands ouverts comme toujours, curieux de ce que ces élections vont encore m’apprendre.

Enfin, il est là. Je ne m’y attendais plus, je le croyais fatigué, déçu, abandonné de tous. Mais voilà que le grand chef noir apparaît enfin pour sauver sa tribu.

Il nous regarde du haut d’énormes panneaux, les lèvres pincées, le regard perçant, accusateur, plein de défi, sur fond vert, souligné d’orange, car le noir ne fait plus recette. Il regarde droit devant lui, décidé, autoritaire. C’est ainsi que je me représente le vrai chef, c’est ainsi que je connais mes chefs en Huronie qui ne changent jamais et le restent jusqu’à la fin de leur vie.

Déjà, d’un seul coup, il est partout, à chaque carrefour, du sud au nord, d’est en ouest, où passent chaque jour les simples guerriers qui courent à leurs ateliers, leurs bazars et leur esclavage.

La gazette noire montre le chef de la tribu noire qui s’amuse beaucoup et son sous-chef en train de montrer le grand chef et d’annoncer qu’on va voir ce qu’on va voir. Ce sera la phase chaude de la campagne !

Le chef de la tribu noire, qui n’aime pas tendrement le grand chef noir, raconte à qui veut l’entendre que les autres tribus se sont liguées contre sa tribu pour renvoyer ses chefs du château et de la salle richement décorée.

Il est vrai que le jeune chef rouge a déjà annoncé qu’il sera grand chef. Le chef de la tribu rouge a fait rire ses guerriers en se moquant de chefs noirs dont le pays pourrait se passer sans problème. Depuis toujours les guerriers rouges, tout en s’acoquinant le plus souvent avec la tribu noire pour avoir de belles voitures propres et de grands et beaux bureaux au château, ont aimé chahuter la tribu noire. Mais en matière de ligue, le chef bleu du plus grand village n’a rien dit du tout et les divers chefs verts non plus. Toutes les tribus baissent le regard quand on leur pose des questions  à ce sujet. Magnanime, la tribu noire affirme les aimer toutes, pardonner à la tribu rouge sa félonie et vouloir continuer de se sacrifier pour gouverner au château pour le bien de tous.

Une fois de plus je comprends que la tribu noire n’est rien sans le grand chef et qu’elle n’est pas près d’avoir un nouveau grand chef à sa mesure. Il porte la bonne parole à travers tout le pays, et les foules accourent toujours.  Elles veulent le voir en chair et en os après l’avoir vu si souvent sur les étranges lucarnes d’ici et d’ailleurs. On veut le toucher, lui serrer la main, l’embrasser si possible, le saluer comme le salvateur. Il leur fait la leçon, redresse le moral, fait même passer des pilules amères et leur promet la victoire. Les chefs et les sous-chefs l’écoutent religieusement.

De la sorte, la tribu noire le voit parti pour être grand chef pour cinq ans de plus, voire éternellement. Pour le garder, elle le suivra dans tous les méandres de sa pensée. Elle acceptera même d’abandonner ses principes plus que centenaires pour accepter les hérésies des temps présents et futurs, mettant en jeu jusqu’à son sort dans l’au-delà.

Le Huron

6 octobre 2013

 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *