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Le Huron (21) Vert et bleu


lehuron2013J’ai vu l’autre jour sur les étranges lucarnes deux chefs, l’un bleu, l’autre vert, en face à face, comme on dit, ce qui signifie qu’ils étaient là pour se quereller. Or ils ne faisaient que s’entretenir gentiment, poliment, comme s’ils se tenaient dans un salon en train de prendre le thé et de grignoter des madeleines. Le chef bleu, c’était le chef du plus grand village du pays, qui ne dit toujours pas ce qu’il compte faire après avoir obtenu beaucoup de croix des simples guerriers. Le chef vert, c’était un ancien sous-chef du deuxième plus grand village du pays, depuis longtemps assis dans la salle richement décorée, qui aimerait un jour servir comme chef au château. Mais modeste comme il est, il a affirmé sans rougir ne pas s’intéresser à ces choses futiles que sont les emplois au château, les belles voitures propres et les beaux bureaux.

Le chef bleu, comme toujours en ces occasions, ne savait pas vraiment que dire dans son désir d’arranger tout le monde. En Huronie, les chefs ne parlent jamais et donc ne mécontentent personne, de sorte que tout le monde les aime. Ici, le jeune chef bleu parle tout le temps et vite pour dire n’importe quoi et son contraire. Il désire surtout ne mécontenter personne, et en premier lieu le grand chef noir. Le chef vert adore le dieu Index, mais pas le dieu Croissance, ou seulement un peu. Lui aussi n’a fermé aucune porte à son avenir au château avec le grand chef noir.

De mauvaises langues affirment que la tribu bleue et la tribu verte, c’est du pareil au même et que rien ne les distingue vraiment. Dans le plus grand village du pays, le chef bleu est dans les meilleurs termes avec le grand chef vert, fait son éloge et lui exprime publiquement son amitié. C’est admirable de voir comment les verts et les bleus s’y entendent.

Certes il y a aussi une cheffe rouge qui dirige un grand village avec des chefs de la tribu verte.  Les verts y sont un peu moins bleus que dans le plus grand village et un peu plus rouges. C’est qu’ils savent s’adapter pour être chefs.

Ingénu que je suis, je me demande pourquoi les tribus bleue et verte ne se mettent pas ensemble, ce qui permettrait à cette nouvelle tribu d’avoir beaucoup de chefs.

Car iI n’y a pas eu le moindre mot méchant entre les chefs bleu et vert dans leur face à face. Une guerrière des étranges lucarnes leur a demandé de se quereller, ce pourquoi ils étaient venus, mais en vain. Même le dieu Index n’a pas pu les fâcher l’un contre l’autre. Le chef bleu a certes un peu râlé à propos des scribes du château qui demandent à voir enfin l’or qu’on leur a promis alors que le chef vert veut leur donner tout à la fois.

Certains guerriers de la tribu rouge parlent de s’acoquiner avec la tribu bleue et la tribu verte pour occuper le château, les belles voitures propres et les grands bureaux  et renvoyer le grand chef noir à la salle richement décorée. Mais ni la tribu bleue ni la verte ni même les chefs de la rouge n’en soufflent mot aux simples guerriers tout en y pensant. Pendant ce temps, le grand chef noir parcourt le pays à la recherche du plus grand nombre de croix pour continuer d’être le seul à décider quelle tribu il emmènera avec lui au château.

Le Huron

10 octobre 2013

 

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