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Le Huron (22) Pourquoi il y a neuf tribus


lehuron2013Neuf tribus ont rassemblé chacune soixante candidats pour les quatre vallées. Un éminent docteur de la Sorbonne d’ici m’a expliqué pourquoi il fallait neuf tribus alors qu’on était à la recherche d’un seul grand chef pour arranger les affaires du pays. Il m’a dit que les tribus d’ici n’étaient pas comme en Huronie où les guerriers jurent fidélité éternelle aux chefs et ne les quittent jamais, de la naissance à la mort. Ici, dans toutes les tribus on s’aime profondément, et les chefs ont toujours raison, comme en Huronie. Mais parfois de simples guerriers veulent aussi être chefs et s’ils n’y arrivent pas rapidement dans une tribu ils s’en vont et créent une nouvelle tribu, entraînant d’autres guerriers avec femmes et enfants. Ils cherchent surtout une nouvelle couleur pour bien se distinguer des autres.

Il en est ainsi de toutes les tribus. Trois tribus portent la couleur rouge, chacune un rouge plus foncé que l’autre. Il y a très longtemps, ces trois tribus n’étaient qu’une, pour protéger les esclaves du fer et des ateliers. Mais elles se sont entredéchirées dès le début et s’accusent encore aujourd’hui de trahir les esclaves. La tribu rouge foncé a aimé d’un amour profond la grande patrie des rouge foncé de la terre entière. Celle-ci a fait faillite, mais la tribu rouge foncé continue de donner des leçons à toutes les autres tribus, comme du temps avant la faillite de sa patrie.

D’autres guerriers de la tribu rouge sont partis pour créer une nouvelle tribu verte. Ils sont aujourd’hui les principaux chefs de cette tribu et à les entendre ils n’ont jamais été autre chose que verts. D’autres guerriers de cette tribu n’ont jamais été rouges, mais vert foncé. Ils sont partis de la salle richement décorée et ne recherchent plus les croix des guerriers. On ne sait pas s’ils sont fâchés avec les chefs verts autrefois plus rouges que les chefs rouges, mais aujourd’hui amis de la tribu bleue.

La tribu noire a également donné des guerriers à d’autres tribus, mais assez peu car ses guerriers préfèrent rester dans cette tribu où ils sont bien protégés, entrent facilement à la salle richement décorée et deviennent sous-chefs et chefs s’ils s’entendent bien avec le grand chef noir. Il y a des guerriers noirs qui sont partis à la tribu bleu blanc rouge qui est la seule à aimer d’un amour profond la patrie. Celle-ci s’est entredéchirée il y a peu de sorte que de quatre guerriers assis à la salle richement décorée il n’en reste que deux dont le chef et le sous-chef. Le chef ne cesse  d’empêcher le sous-chef de répéter ses fortes paroles qui ont ébranlé la tribu, mais n’a pu l’empêcher d’écrire un gros in-folio appelé programme que personne ne lit. Un ancien sous-chef de cette tribu a également créé sa propre tribu. C’est une sorte de chaman qui veut faire table rase et refaire le monde.

Un quatrième sous-chef qui était autrefois un jeune sous-chef à la tribu bleue ne recherche plus les croix des guerriers après avoir essayé de se refaire une couleur, n’importe laquelle pourvu qu’elle lui permette de s’asseoir dans un beau fauteuil rouge à la salle richement décorée.

La tribu bleue d’aujourd’hui s’est faite autrefois avec des guerriers d’anciennes tribus bleues, l’une teintée d’un peu de noir, l’autre teintée d’un peu de rose. La tribu bleue d’aujourd’hui aime d’un amour profond les chefs des bazars, les scribes du château, les esclaves des bureaux et des ateliers, bref tout le monde. Car ce qu’elle aime avant tout, c’est plaire à tout le monde, à l’image de son jeune chef à qui il suffit de régenter son village de peur de devoir régenter le pays.
Le Huron
11 octobre 2013

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