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Le Huron (23) La fin


lehuron2013Le chef chargé de contrôler le nombre de Hurons dans le pays m’a signifié qu’il y en avait trop et que je devais partir bientôt, même avant que les simples guerriers se rendent dans les tentes fermées pour y distribuer leurs croix. Je ne pourrai donc pas voir la longue nervosité des candidats qui tous s’attendent à monts et merveilles, puis à mesure des résultats la joie des uns, la tristesse des autres. Je n’entendrai pas les élucubrations des devins ni celles des docteurs ès choses politiciennes de la Sorbonne d’ici expliquant que tout est pour le mieux dans la meilleure des élections et que le résultat des élections ne pouvait être que celui qu’on a vu sortir des tentes fermées et des caisses de bois. Je n’entendrai pas non plus les déclarations alambiquées des chefs qui tous se diront satisfaits, vouloir respecter la volonté des guerriers, les remercier de leurs croix et se placer dans la course au château.

Car tous les chefs et sous-chefs qui l’ont été veulent le rester aussi longtemps que possible, et en tout premier lieu le grand chef noir. Personne n’a vraiment compris la tribu rouge qui veut renvoyer les chefs quand ils seront enfin sages pour ne faire accéder au château que des jeunots immatures et brouillons. Ceux qui étaient assis dans la salle richement décorée font l’impossible pour y rester. Il y en a qui jour et nuit luttent pour les dernières croix. Il y en a qui ne cessent d’écrire des pamphlets et des diatribes sur les miroirs. Il y a un jeune guerrier noir qui a écrit un folio sur la salle richement décorée, décrivant par le menu tout ce qu’on y fait d’insignifiant, largement soutenu dans cette entreprise par la très sérieuse gazette noire.

Sur les étranges lucarnes, le grand chef noir a fleureté avec le jeune chef rouge qui veut sa place, lui a fait des amabilités et noyé le poisson, au grand désespoir de la guerrière à caméras qui a essayé une fois de plus à amener ces deux chefs à se quereller. Mais les deux étaient d’une exquise politesse, le jeune plein de respect pour le grand chef noir qui n’avait manifestement aucune envie de se fâcher contre le jeune chef rouge. De victime irascible du début il est devenu le père tranquille qui pardonne les frasques des jeunes.

Le grand sujet de ces derniers jours, c’était l’appel du grand chef du plus grand clan des esclaves des ateliers et des bazars de ne pas donner de croix à la tribu noire qui aurait manqué de respect au dieu Index. Les chefs des tribus se sont émus de voir un chef de clan s’occuper de ce qui ne le regarde pas. Mais ils oublient qu’un grand chef de clan d’autrefois n’hésitait pas à haranguer ses esclaves avant chaque élection.

Autrefois encore, la tribu noire était fameuse pour ses coups bas de dernière minute grâce à la gazette noire. Elle lançait des bobards sur les autres tribus qui ne pouvaient plus y répondre. Ces joyeusetés sont terminées, car la gazette noire n’entend plus se mettre au service absolu de la tribu noire. Les miroirs lui répondraient aujourd’hui dans la seconde.

Reste à voir ce que l’ancien stylo chef de la gazette rouge, retiré dans son tipi, va trouver pour faire trembler les chefs de la tribu rouge

Il n’y a pas non plus de tribu vraiment cocasse. Même le chaman qui veut guérir les simples guerriers avec des plantes interdites laisse les stylos, les micros et les caméras bouche bée face à son délire verbal que personne ne comprend vraiment. La tribu bleu blanc rouge est d’un sérieux abyssal et essaie de faire le moins de vagues possible de peur de se noyer complètement. Et la petite des deux tribus rouge foncé qui croit toujours dur comme fer au petit père des peuples n’amuse vraiment plus personne.

Enfin, au moment de partir, j’espère que ce petit pays va se donner les meilleurs chefs au château et de sages guerriers à la salle richement décorée qui se sacrifieront longuement et tranquillement pour le bien des simples guerriers après le coup de folie des élections non annoncées.

 

Le Huron

17 octobre 2013

 

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