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A la recherche du temps futur – La raison et le Coeur


Jeudi

“… concentrez-vous sur votre force, sur le fait que chaque époque demande ses propres réponses et qu’il s’agit d’être à leur hauteur, si quelque chose de bien doit en ressortir.” Willy Brandt, dans  son dernier grand discours en 1992

 

Pour la future coalition entre LSAP, DP et déi Greng, l’argent sera le nerf de la guerre. Il s’agira de réussir l’exercice sensible d’équilibrer les finances publiques tout en sauvegardant notre Etat-providence et en maintenant le pays à un niveau élevé de compétitivité sur le plan international.  

 

Un constat s’impose: à politiques inchangées, le Luxembourg se trouvera confronté à l’horizon 2016 à un déficit budgétaire global (Etat, communes, sécurité sociale) de -2,2%, et donc contraint sous le pacte de stabilité européen de prendre des mesures d’adaptation. Et ceci malgré des prévisions conjoncturelles favorables, entrevoyant une croissance de quelques 2% du PIB par an sur les prochaines années.

 

Ceci signifie que l’Etat devra économiser entre 1 milliard et 1,5 milliards à partir de 2015 pour ne pas tomber sous une quasi-tutelle de Bruxelles en vertu des mécanismes du Pacte de stabilité – six-pack, two-pack, semestre européen. Pour le dire crûment: on est au pied du mur, et aucune comptabilité créative ou enjolivante saura prétendre le contraire.

 

La politique du prochain gouvernement impliquera sans doute dans un premier temps un audit méticuleux de tous les postes budgétaires afin de déterminer à quels endroits des économies pourront être faites. Il faudra aussi s’attaquer à la jungle des subsides, subventions et abattements, qui se superposent souvent et s’annulent parfois. L’introduction d’un critère de sélectivité sociale dans cet effort de réduction des dépenses de l’Etat, quoique sans doute douloureux, sera vraisemblablement inéluctable. Il importera dans cet exercice de faire preuve de doigté, de justice et de cœur, afin de ne pas toucher les plus faibles dans notre société, qui dépendent réellement de telles aides.

 

Une réforme des finances publiques passera aussi par le “zero based budgeting”, règle impliquant une remise en question de chaque poste budgétaire au début d’un nouvel exercice. Faire des économies au niveau des administrations, avant de hausser les impôts, tel devrait être le premier mot d’ordre du nouveau gouvernement. Les programmes des trois coalitionnaires sont largement convergents sur ce point.

 

Il faudra ensuite mener une réflexion approfondie sur notre système fiscal, afin de le rendre plus efficace et plus juste, mais en préservant la compétitivité du pays. La politique financière et fiscale de la coalition devra cependant toujours tenir compte de la justice sociale et de l’intérêt des plus faibles dans notre société, refuser toutes velléités d’austérité, tout en étant consciente des réalités économiques et de la capacité de notre pays à épauler la dette nationale. Avoir le sens des responsabilités budgétaire et fiscale n’est pas de droite et n’interdit nullement de mener une politique progressiste. 

 

Willy Brandt, toujours lui, déclarait dès le 8 mai 1949 au congrès du SPD de Berlin  que “le socialisme démocratique est un système non fermé en soi d’idées sur un nouveau dessin des rapports sociétaux. (…) Mais à ces convictions fondamentales et évolutives sous-tend une vision commune de la vie. Elle est basée sur l’adhésion à la liberté, à l’humanisme, à l’Etat de droit et à la justice sociale.”

 

Que, malgré toutes les contraintes budgétaires, ces idées toujours vraies sachent guider la politique du prochain gouvernement.

 

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