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A la recherche du temps futur: Les « Herr Karl » d’hier et d’aujourd’hui


Herr Karl(Publié dans Le Jeudi du 19.12.2013)

J’assistais, vendredi dernier, au Der Herr Karl avec Nikolaus Haenel au Kasemattentheater. Herr Karl dépeint de manière savoureuse et très subtile un personnage, vieux monsieur aimable en apparence, mais qui se révèle au cours de la pièce fainéant et opportuniste, tantôt socialiste (jusqu’en février 1934), tantôt clérico-fasciste et puis nazi convaincu, après l’Anschluss de l’Autriche, collaborateur ensuite, vivant aux frais de ses femmes successives, cruel et combinard.

 

Le Herr Karl de Nikolaus Haenel n’a pas pris une ride. Pourquoi? Parce qu’il représente à merveille la banalité du mal, allant des petites cupidités de tous les jours – la réflexion, au passage d’une ambulance dans la rue, que “cette fois-ci ce n’est pas encore pour toi” – aux grandes culpabilités – une femme qu’il abandonne parce qu’elle tombe malade, le vol, l’opportunisme politique, la cruauté, l’antisémitisme… La principale caractéristique, finalement, de Herr Karl est son total défaut d’humanisme, de générosité, d’ouverture d’esprit, son manque de valeurs, son repli sur soi.

 

C’est ce qui caractérise aussi et toujours les partis ultraconservateurs et d’extrême droite: rejet de l’autre, repli sur soi, haine et opportunisme. Ce qui avilit, ce qui abaisse, ce qui déshumanise. La vitalité de l’extrême droite à l’heure actuelle est un sujet d’inquiétude. Les partis d’extrême droite viennent de constituer un groupe au Parlement européen – l’Alliance Européenne des Libertés – anti-européen et réactionnaire. Il faut craindre que les partis qui le constituent feront un excellent score aux prochaines élections européennes.

 

Le rejet de justesse, au Parlement européen, du rapport de la euro-députée portguaise PS Edite Estrela, qui réclamait un accès généralisé à la contraception et à un avortement sûr, constitue un nouvel épisode qui démontre que les vieux réflexes conservateurs ont la vie dure. Parmi les euro-députés qui ont rejeté le rapport Estrela au nom du principe de subsidiarité se trouvaient les euro-députés du CSV, Astrid Lulling, Georges Bach et Frank Engel. Cela ne surprendra guère. La même Astrid Lulling faisait déjà partie de la poignée de députés du CSV qui refusait (ensemble avec sa collègue Viviane Reding et avec l’abstention du jeune député Michel Wolter) encore en 1984, alors même que la peine de mort était déjà abrogée dans notre pays depuis 1979, à approuver un protocole à la Convention européenne des droits de l’homme préconisant l’abrogation définitive de la peine de mort sur le plan international.  Tout comme en 1990, lorsque Astrid Lulling, s’agissant de la levée de l’immunité parlementaire du député européen Le Pen, chef de file de l’extrême droite européenne, avait voté au Parlement européen en faveur de Le Pen (et que Madame Viviane Reding s’était absentée pour l’occasion).

 

Herr Karl aurait sûrement approuvé le vote des eurodéputés conservateurs. Chacun balaie devant sa porte, principe de subsidiarité oblige. C’est, au niveau européen, la manifestation de ce même égoïsme, de ce même cynisme dont fait preuve Herr Karl tout au long de sa médiocre vie : mêlez-vous de ce qui vous regarde, vous vous en porterez à merveille. Mais c’est justement de cette Europe peureuse, sans visions ni valeurs, que les citoyens européens en ont assez. L’Europe ne peut pas se limiter à édicter des règles budgétaires et des réglementations pour le marché intérieur, aussi importantes soient-elles. L’Europe a aussi besoin de positions fortes sur des questions de société, des questions sociales et sur les droits de l’Homme. L’Europe a besoin de générosité et d’ouverture d’esprit !

 

Espérons que ces choix et  nos valeurs humanistes communes seront au centre des débats à l’occasion des prochaines élections européennes de mai 2014!

 

 

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