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A la recherche du temps futur – Consensualisme ou blocage?


fayot chambreVoici un article publié dans ma chronique au Jeudi du 24.4.2014. Bonne lecture!

 

A la recherche du temps futur – consensualisme ou blocage?

 

S’il en était besoin, les réactions aux annonces du gouvernement dans les domaines les plus divers démontrent à quel point la culture politique luxembourgeoise est sclérosée par des décennies de consensualisme et de peur de prendre des décisions qui fâchent.

 

A chaque annonce gouvernementale sa réaction, invariablement et exclusivement négative, par le groupe d’intérêts concerné: les associations d’étudiants et les syndicats contre la réforme des bourses, les syndicats d’enseignants contre la réduction des heures de décharge, les promoteurs immobiliers contre la suppression de la bonification de TVA sur les immeubles d’investissement, la suspicion des milieux culturels à l’égard des plans de renégociation des conventions, la sortie de la Chambre de commerce contre le Tram, projet pourtant bien avancé.

 

Chacune de ces réactions s’accompagne aussi du reproche de ne pas avoir été consulté préalablement à l’annonce de la décision ou du plan de réforme. Mais la réponse est dans tous les cas un non total à toute proposition de réforme sans contre-proposition aucune. Autre traduction d’un consensualisme poussé à l’extrême: avant même d’envisager une mesure ou d’en parler publiquement, il faudrait qu’elle soit discutée d’abord avec les groupes d’intérêts en cause. Mais la transparence démocratique est justement de ne pas discuter exclusivement avec des groupes d’intérêt derrière des portes fermées, mais de présenter la mesure envisagée sur la place publique pour que toute la population puisse en débattre.

 

Il ne faut pas s’y tromper: ces réactions unidimensionnelles cachent une profonde angoisse de la part des groupes d’intérêts particuliers et sectoriels de perdre le pouvoir politique qu’ils détenaient pendant si longtemps au Luxembourg au nom du “consensualisme à la luxembourgeoise”. Si le compromis et une certaine dose de consensualisme est une bonne chose, car garante de la paix sociale et de décisions bien acceptées, ce principe connaît néanmoins ses limites en temps de crise économique. Car le « consensualisme à l’ancienne » n’était rien d’autre, finalement, que le souci de ne pas déplaire à telle clientèle électorale, supposément représentée par tel groupe ou lobby. On faisait donc des promesses spécifiques à tout le monde et à cette époque on avait encore les moyens budgétaires de faire ainsi taire tous les critiques. Ce « consensualisme » poussé à l’extrême est un facteur de blocage et l’assurance de ne prendre que des décisions insipides. Alors que tout monde ou presque s’accorde pour dire que le pays a besoin de changement, celui-ci n’est acceptable que s’il ne concerne que les autres.

 

L’épreuve de force pour le nouveau gouvernement, c’est maintenant. Il faudra tenir bon face aux cris d’orfraie, aux réactions négatives et simplistes, ne pas hésiter à remettre en question des droits acquis ou à appliquer le principe de la sélectivité sociale dans un pays où certaines rémunérations et subventions sont injustifiables dans la comparaison internationale. Il faudra réformer pour préserver un Etat social fort, pour moderniser le pays dans le sens de l’accord gouvernemental.

 

Pour ce faire, il faudra consulter, communiquer, débattre ouvertement et, certes, expliquer aussi. Mais il faudra ensuite décider, même si c’est au prix du “consensualisme à l’ancienne”.

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