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Qui a peur des États-Unis?


madydelvaux-3L’opposition au TTIP est en fait un aveu défaitiste, alors qu’il s’agit d’une opportunité pour imposer au niveau mondial les valeurs et normes de l’Union Européenne.

Le débat autour de la négociation pour le Partenariat transatlantique (TTIP) entre l’Union Européenne et les États-Unis est devenu très émotionnel. Il s’agit d’un débat dans lequel il n’y a apparemment que deux alternatives: soit on est pour, soit on est contre.

Ceux qui sont pour le TTIP affirment qu’un renforcement des liens économiques entre les deux partenaires contribuerait à une dynamique de croissance positive et donc à la création d’emplois en Europe.

Ceux qui sont contre le TTIP critiquent la non transparence de la démarche de la Commission et craignent que les États-Unis imposent leurs vues sans respect pour les droits sociaux ni pour les normes environnementales et protectrices des consommateurs. Ils demandent l’arrêt immédiat des négociations.

Que l’opinion publique européenne s’intéresse au sujet est salutaire. Je regrette à ce propos que cette discussion n’a pas été initiée plus tôt – on peut donc reprocher au commissaire Karel de Gucht de ne pas avoir fait toute la transparence dès l’ouverture des négociations, et qu’il fallait les pressions du Parlement européen et les protestations des nombreuses ONG pour que la Commission lance des consultations publiques.

Objectivement, personne ne peut prédire aujourd’hui si la conclusion d’un traité transatlantique présentera des avantages ou causera des dommages pour l’UE. Il me semble d’ailleurs prématuré – la Commission européenne n’a reçu son mandat de négociation qu’en juin 2013 – de déjà juger du contenu et des aboutissants du TTIP.

Ce qui me frappe par contre, c’est l’attitude extrêmement négative des opposants au TTIP, de quelque bord politique qu’ils soient. Ces opposants au TTIP déclarent d’entrée en jeu que l’UE n’est pas à la hauteur, que de toute façon les États-Unis vont s’imposer et que les multinationales américaines vont envahir nos terres et balayer nos “derniers acquis”: clauses sociales, sécurité alimentaire, politique climatique, services publics et j’en passe…

À aucun moment, ces opposants n’arrivent à imaginer que Européens et Américains sont en mesure de négocier d’égal à égal. Car l’UE, comptabilisant 25 % de la production mondiale, pèse – encore – dans le commerce international.

N’aurions-nous pas intérêt à profiter de cette position de force pour négocier un traité qui s’inspire de nos normes, élevées, pour qu’elles puissent servir de modèle pour le commerce international? Est-ce que nous voulons vraiment prendre le risque que l’Europe n’arrive plus à faire entendre sa voix, en nous retirant ainsi de la scène internationale? Les États-Unis, eux, n’auront pas attendu et n’attendront pas l’Europe. Ils négocient, en parallèle au TTIP, des accords similaires avec les pays asiatiques.

C’est pourquoi je plaide pour que l’Europe participe activement au processus de globalisation. L’UE doit jouer de son influence et défendre les droits des travailleurs et des consommateurs, la protection de l’environnement, etc.

On a tendance à oublier que le mandat de la Commission prévoit explicitement que le modèle social et économique de l’UE devra être respecté, de même que les acquis communautaires et que le développement durable devra être un objectif prioritaire.

Pourquoi devrions-nous avoir peur des États-Unis? Pourquoi n’avons-nous pas confiance en notre capacité de peser sur le cours des négociations? Le retrait serait un aveu de faiblesse, il faut que l’UE avance la tête haute!

D’ores et déjà, le Parlement européen est régulièrement informé de l’état des négociations et suit de près le dossier. Les citoyens européens peuvent aussi être sûrs que, in fine, le texte négocié fera l’objet d’une analyse méticuleuse avant une éventuelle adoption.

Car tout accord aura besoin de l’approbation du Parlement européen et des parlements européens.

Il faut donc saisir le TTIP comme chance, et dépasser notre attitude défaitiste par rapport aux États-Unis.

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