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A la recherche du temps futur – Le droit au rendement immobilier, une loi naturelle?


fayot chambreMa chronique dans le Jeudi du 15 mai 2014

Le Gouvernement a annoncé la suppression du taux de TVA super-réduit sur les résidences secondaires et l’immobilier résidentiel locatif dans le cadre de la prochaine hausse des taux de TVA. Suppression entièrement justifiée dans un souci de sélectivité sociale, d’une part, alors que rien ne justifie plus, de prime abord, que les promoteurs et investisseurs immobiliers bénéficient d’un incitatif dont le sens premier est de toute évidence de favoriser l’accès à la propriété des jeunes ménages.

 

Dans ces conditions, qu’est-ce qui se cache derrière la mobilisation du secteur immobilier contre cette mesure? Une intention louable et complètement désintéressée d’oeuvrer dans le sens de loyers abordables, surtout pour les plus démunis?

 

Qu’il soit permis d’en douter. Le raisonnement mené par la Chambre des métiers, et plus encore par les promoteurs immobiliers qui la dirigent, exemple chiffré à l’appui, est que la hausse du taux de TVA mènerait à une baisse de l’offre sur le marché du résidentiel locative. Ceci serait dû, on le suppose, à un désengagement des promoteurs privés qui se seraient auparavant sacrifiés à construire des logements pour ce marché apparemment si peu rentable. Et comme le vrai lobbyisme se trahit toujours par des ficelles un peu trop grosses, la Chambre des métiers en rajoute une bonne louche: la mesure conduirait à une recrudescence du travail au noir, à une augmentation du trafic dû à ceux qui devront se loger plus loin, à un déséquilibre budgétaire alors que l’Etat devra prévoir des aides au logement, et bien d’autre calamites encore.

 

Il me semble au contraire que le positionnement de la Chambre des métiers et des intérêts qu’elle représente relève du pur intérêt financier, comme en témoignaient d’ailleurs certaines réactions venues des bancs du CSV et de l’ADR, grands amis et défenseurs des rentiers de l’immobilier, lors du débat à la Chambre le 13 mai: il s’agit de défendre un droit – quasiment érigé en loi naturelle – à un rendement garanti de 3 à 5 % sur les biens immobiliers, alors que le loyer de l’argent, c’est-à-dire les interêts qu’on perçoit sur un compte en banque, ne sont actuellement que de 1%. Ce “droit” est donc, même dans le contexte actuel de sous-offre du marché immobilier luxembourgeois, financé dans une certaine mesure par le taux super-réduit sur la TVA.

 

Alors, qu’il soit permis de penser que même avec un taux de TVA à 17% sur l’immobilier résidentiel locatif, le pays ne s’effondrera pas. Tout au plus, la mesure aura pour effet de faire baisser le rendement des propriétaires et peut-être d’ouvrir plus largement l’accès à l’immobilier des primo-arrivants. Et pour les donneurs de leçons en économie, le prix continuera à être déterminé par la loi de l’offre et de la demande. Etant donné l’afflux continu de nouveaux résidents au Luxembourg, on peut être d’avis que ce marché restera un marché juteux, même avec un taux de TVA normal.

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