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A la recherche du temps futur – Prendre vraiment au sérieux le « droit de l’enfant »!


imageVoici ma chronique « A la recherche du temps futur  » parue au Jeudi ce 19 juin 2014 :

 

Alors, il semblerait que l’église catholique est « pour le choix ». Vraiment? Le choix pour qui, par rapport à quoi? Le choix véritable des enfants vivant au Luxembourg, des écoliers et des lycéens? Est-ce que cette question de « choix » telle que posée par l’église catholique est vraiment pertinente, ou relève-t-elle de la simple propagande?

Quelle est la réalité sur le terrain ? Avec plus de 35% d’enfants non-luxembourgeois fréquentant les écoles primaires et secondaires, l’un des défis majeurs auxquels l’enseignement doit faire face consiste à gérer cette hétérogénéité, à assurer une éducation qui mette en valeur la richesse de la diversité tout en respectant l’héritage linguistique, culturel et religieux de chaque élève. Avec un cours d’éthique général, l’objectif du législateur serait de privilégier les mesures d’intégration, l’éducation au vivre ensemble et le développement de compétences interculturelles.

La question est de savoir si, dans un tel contexte multi-culturel et multi-confessionnel, on veut juxtaposer les cours religieux d’instruction catholique, musulmane et juive etc., une formation morale et sociale ainsi que l’éducation aux valeurs? Je ne pense pas que ce soit une bonne solution. Les vrais choix ne se font qu’en supportant la liberté de conscience avec une éducation commune et pluraliste aux valeurs. Nic Klecker, grand défenseur des droits de l’Homme, la définissait ainsi: « Liberté de conscience signifie conscience non enchaînée, non soumise. Cela ne veut pas dire conscience anarchique. La conscience libre est celle qui a la possibilité de se déterminer, de développer ses qualités. Pour pouvoir le faire, il faut qu’elle ne soit pas prédéterminée par des dogmes, des préjugés, qu’ils soient d’origine politique ou religieuse. Or la conscience ne peut être libre parmi les broussailles touffues de l’ignorance. Il n’y a pas de liberté de conscience s’il n’y a pas de conscience éclairée, ce qui suppose éducation, formation de l’esprit, de manière à permettre à la raison de faire le choix des valeurs qui doivent intervenir pour construire une personnalité. (…) La plupart du temps, ce qui empêche la conscience d’être libre, c’est l’aliénation imposée du dehors. » (tageblatt, 26 mai 1990) .

« Fir de choix » est ainsi un faux choix. Les enfants ne choisiront pas. Au contraire, il faudra bien une réflexion philosophique et morale commune pour tous les jeunes qui grandissent dans ce pays. Pour arriver à une cohésion sociale, un vivre ensemble, au Luxembourg, il faut souligner les points communs et non les différences…. Ce n’est qu’après qu’un vrai choix éclairé pourra être fait par les jeunes. La campagne du « Fir de choix » est mensongère en ce qu’elle cherche simplement à cacher la nervosité des représentants de l’église catholique face à la disparition annoncée d’une réforme qui ne leur permettra plus d’endoctriner les enfants dès leur bas âge…

Quel est le droit de l’enfant dans tout cela? Jean Jaurès le disait déjà très bien au début du siècle. Ecoutons-le: « Le droit de l’enfant, c’est d’être mis en état, par une éducation rationnelle et libre, de juger peu à peu toutes les croyances et de dominer toutes les impressions premières reçues par lui. Ce ne sont pas seulement les impressions qui lui viennent de la famille, ce sont celles qui lui viennent du milieu social que l’enfant doit apprendre à contrôler et à dominer. Il doit apprendre à dominer même l’enseignement qu’il reçoit. Celui-ci doit être donné toujours dans un esprit de liberté ; il doit être un appel incessant à la réflexion personnelle, à la raison. Et tout en communiquant aux enfants les résultats les mieux vérifiés de la recherche humaine, il doit mettre toujours au-dessus des vérités toutes faites la liberté de l’esprit en mouvement. C’est à cela que l’enfant a droit. Il ne dépend pas de nous de lui épargner des crises, des conflits, des contradictions qui travaillent toute l’humanité et dont nous-mêmes avons souffert. Mais il faut que sa raison soit exercée à être enfin juge du conflit. C’est parce que seul l’État démocratique n’est pas nécessairement le prisonnier de telle ou telle doctrine, c’est parce que seul il peut élever au-dessus des partis pris de religion, de race ou de classe, l’idée de la liberté, la raison toujours active, que je suis convaincu de plus en plus que le monopole d’enseignement de l’État est aujourd’hui la garantie nécessaire du droit de l’enfant. » (La Petite République, 12 octobre 1901).

Pour ce faire il faudra un enseignement destiné à tous les élèves. Un enseignement élaborant une approche de l’apprentissage interculturel en envisageant la religion et la diversité religieuse sous l’angle des droits de l’homme, comme héritage culturel important. « Education au vivre ensemble » invoque des concepts voisins tels que : éducation à la paix, à la non violence, au respect, éducation à la citoyenneté démocratique, aux droits de l’homme, au dialogue interculturel et interreligieux, éducation au pluralisme, lutte contre l’exclusion. C’est dans cette perspective que notre Commission des Droits de l’Homme a rappelé au gouvernement luxembourgeois ses engagements internationaux dans un avis de 2012:  » notamment en ce qui concerne le principe de neutralité et de l’égalité de traitement des religions qui à l’heure actuelle ne sont pas respectés.  La CCDH invite le législateur à (…) réformer le système de « reconnaissance » et de financement des organisations cultuelles. Elle recommande d’adapter la Constitution de façon à garantir la neutralité de l’Etat en matière religieuse dans tous les domaines de la vie publique et de suivre les jurisprudences de la Cour de Strasbourg dans cette matière. »

Dans un système scolaire qui accueille tous les enfants, quelles que soient leurs origines ou leurs appartenances, pour les faire accéder à une même culture de base, vivre ensemble signifie: éviter des séparations, mettre en œuvre un maximum de moyens de rencontre, d’échange, de coopération, de participation. Plus les élèves ont l’occasion de discuter ensemble, de s’engager dans des projets communs, de participer à la gouvernance démocratique de leur école, de prendre des responsabilités, plus la population scolaire devient une communauté ouverte, capable de s’investir pour les valeurs de la démocratie moderne : liberté, solidarité et égalité de droits.

6 thoughts on “A la recherche du temps futur – Prendre vraiment au sérieux le « droit de l’enfant »!”

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