quaesitio

Carry on


trumpbigLe cauchemar s’est donc réalisé. Brexit, redux: se lever à 6H30, constater avec incrédulité que Trump est en train d’emporter les élections présidentielles. C’était le même rituel le 24 juin 2016 au matin, déjà. Sauf que cette fois-ci la sensation de vide et de découragement est plus grande encore: la victoire du populisme nationaliste, de la xénophobie, de l’isolationnisme, se confirme dans la plus grande démocratie du monde.

Comment faire encore de la politique dans un monde où les menteurs et les populistes remportent désormais les élections? Pour les femmes et hommes politiques qui croient en la force de l’argument, de la vérité factuelle, qui adhèrent à l’action basée sur la réflexion, ce 9 novembre est un jour noir. C’est, après le Brexit, une élection remportée sur des mensonges. Mais bien pire encore, l’élection de Trump semble avoir été acquise malgré, ou peut-être même à cause des sentiments bas sur lesquels il a fait campagne, et qu’on croyait définitivement dépassés et bannis de la boîte à outils politique: le racisme et la xénophobie, le repli identitaire, le machisme puéril, le sexisme, la tricherie comme vertu. Le tout mâtiné des solutions simples dont tous les populistes ont le secret.

Si la vérité ne compte plus. désormais, et que seules les paroles fortes, les solutions simples bâties sur des mensonges dont personne ne semble plus s’offusquer font mouche, que faire? Comme une lame de fond, le populisme identitaire risquera de porter au pouvoir en Europe, dans les prochains mois, des femmes et hommes politiques d’extrême droite comme LePen en France ou Strache en Autriche. Les ravages des politiques proposées par de tels charlatans peuvent d’ores et déjà être observés en Pologne et en Hongrie, des pays qui s’éloignent de plus en plus des valeurs fondamentales européennes. Un ancien pays candidat à l’UE, la Turquie, est en train de dériver vers un régime totalitaire rappelant les plus sombres chapitres de notre histoire récente.

Même au Luxembourg, les thèmes en vogue et le ton des discussions sur les réseaux sociaux montrent que nous ne sommes pas à l’abri des sirènes nationalistes et populistes.

Alors, comment faut-il se comporter aujourd’hui, en femme ou homme de gauche, défenseur de et adhérant à toutes les valeurs bafouées par Trump: à l’inclusion, la justice sociale, l’ouverture sur le monde et sur l’autre, l’égalité entre hommes et femmes, l’honnêteté et la droiture.

Après l’écœurement, la nausée provoqués par ce résultat, malgré le dégoût et la tristesse, il faut continuer à croire dans les vertus d’un débat démocratique honnête, mené avec sérieux et sérénité. Il faut essayer de s’expliquer, à soi-même et aux autres, une société de plus en plus complexe, en évolution rapide. Il faudra comprendre le désespoir et la colère que traduit aussi ce vote, comme celui du Brexit en juin, et proposer une autre alternative au programme nationaliste.

Il faudra, après discussion et réflexion, mettre en avant des solutions politiques allant dans le sens d’une société plus juste, pluraliste, ouverte et humaniste, à l’opposé de ce qu’offre le nouveau président des Etats-Unis et sa famille politique.

Et se rappeler du beau slogan qui avait accompagné la campagne de Barack Obama: Yes, we can.

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